Cheveux d'or
Il était une fois un roi si intelligent qu'il comprenait tous les animaux et savait ce qu'ils se disaient. Voici comment il l'apprit. Un jour, une vieille femme vint le trouver et lui apporta un serpent dans un panier. Elle lui dit de le faire cuire ; s'il en mangeait, il comprendrait le langage de tous les animaux, qu'ils soient dans les airs, sur la terre ou dans l'eau. Séduit par l'idée de comprendre ce que personne d'autre ne comprenait, le roi paya généreusement la vieille femme et ordonna aussitôt à son serviteur de préparer le poisson pour le dîner. « Mais, dit-il, n'en prenez surtout pas une miette, même sur votre langue, sinon vous le paierez de votre tête. »
Georges, le serviteur, trouvait étrange que le roi lui interdise avec autant d'insistance de faire cela. « De ma vie, je n'ai jamais vu un poisson pareil », se dit-il ; « on dirait un serpent ! Et quel genre de cuisinier serait-ce qui ne goûterait pas ce qu'il prépare ? » Une fois le poisson cuit, il en prit un morceau sur sa langue et le goûta. Aussitôt, il entendit un bourdonnement autour de ses oreilles : « Un peu pour nous aussi ! »
« Un peu pour nous aussi ! » George regarda autour de lui et ne vit que quelques mouches qui volaient dans la cuisine. De nouveau, quelqu'un cria d'une voix sifflante dans la rue : « Où vas-tu ? Où vas-tu ? » Et des voix plus stridentes répondirent : « À l'orge du meunier ! À l'orge du meunier ! » George jeta un coup d'œil par la fenêtre et aperçut un jars et une volée d'oies. « Ah ! » s'exclama-t-il, « voilà de quel poisson il s'agit ! » Maintenant, il savait ce que c'était. Il avala précipitamment un autre morceau et apporta le serpent au roi comme si de rien n'était.
Après le dîner, le roi ordonna à Georges de seller les chevaux et de l'accompagner, car il souhaitait faire une promenade. Le roi monta devant et Georges derrière. Tandis qu'ils traversaient une prairie verdoyante, le cheval de Georges bondit et se mit à hennit. « Ho ! ho ! mon frère. Je me sens si léger que j'aimerais sauter par-dessus les montagnes ! » « Quant à cela, dit l'autre, j'aimerais bien sauter aussi, mais j'ai un vieillard sur le dos ; si je sautillais, il tomberait comme un sac et se briserait le cou. » « Qu'il se le casse, qu'importe ? dit le cheval de Georges ; au lieu d'un vieillard, tu porteras un jeune homme. » Georges rit de bon cœur à cette conversation, mais si discrètement que le roi n'en entendit rien. Mais le roi comprit parfaitement ce que les chevaux se disaient, se retourna et, voyant un sourire sur le visage de Georges, lui demanda ce qui le faisait rire. « Rien, votre illustre majesté », dit George pour s'excuser ; « une idée m'est simplement venue à l'esprit. » Néanmoins, le vieux roi se méfiait déjà de lui et n'avait pas confiance non plus dans les chevaux ; il fit donc demi-tour et rentra chez lui.
Arrivés au palais, le roi ordonna à Georges de lui servir un verre de vin. « Gare à toi, dit-il, si tu ne le remplis pas à ras bord, ou si tu le verses trop ! » Georges prit la carafe et se servit. À cet instant précis, deux oiseaux entrèrent par la fenêtre ; l'un poursuivait l'autre, et celui qui tentait de s'échapper tenait trois cheveux d'or dans son bec. « Donne-les-moi, dit le premier ; ils sont à moi. » « Je ne te les donnerai pas ; ils sont à moi ; je les ai ramassés. » « Mais je les ai vus tomber, quand la jeune fille aux cheveux d'or se coiffait. En tout cas, donne-m'en deux. » « Pas un seul ! » Aussitôt, l'autre oiseau se précipita et s'empara des cheveux d'or. Tandis qu'ils se les disputaient en plein vol, un cheveu resta dans le bec de chacun, et le troisième tomba à terre, où il tinta de nouveau. À ce moment-là, Georges se retourna et versa le vin dessus. « Tu as perdu la vie ! » s'écria le roi ; « mais je te ferai grâce si tu obtiens la jeune fille aux cheveux d'or et que tu me la donnes pour épouse. »
Que faire, George ? S'il voulait sauver sa vie, il devait partir à la recherche de la jeune fille, même s'il ignorait où la trouver. Il sella son cheval et partit au hasard. Il arriva dans une forêt sombre, et là, sous le couvert forestier, au bord du chemin, un buisson brûlait ; un vacher y avait mis le feu. Sous le buisson se trouvait une fourmilière ; des étincelles y tombaient, et les fourmis s'enfuyaient dans toutes les directions avec leurs petits œufs blancs. « Au secours, George, au secours ! » criaient-elles d'une voix plaintive ; « nous brûlons vifs, ainsi que nos petits dans les œufs. » Il descendit aussitôt de cheval, coupa le buisson et éteignit le feu. « Quand tu seras en difficulté, pense à nous, et nous t'aiderons. »
Il poursuivit sa route à travers la forêt et arriva devant un grand pin. Au sommet de ce pin se trouvait un nid de corbeaux, et en contrebas, deux jeunes corbeaux criaient et se lamentaient : « Notre père et notre mère se sont envolés ; nous devons nous débrouiller seuls pour trouver à manger, et nous, pauvres petits oiseaux, ne savons pas encore voler. Au secours, Georges, au secours ! Nourris-nous, sinon nous allons mourir de faim ! » Georges n'hésita pas longtemps, mais sauta de son cheval et lui planta son épée dans le flanc, afin que les jeunes corbeaux aient de quoi se nourrir. « Quand vous serez dans le besoin, pensez à nous, et nous vous aiderons. »
Après cela, George dut continuer à pied. Il marcha longtemps à travers la forêt, et lorsqu'il en sortit enfin, il vit devant lui une mer immense et vaste. Sur le rivage, deux pêcheurs se disputaient. Ils avaient pris un gros poisson doré dans leurs filets, et chacun le voulait pour lui. « Le filet est à moi, et le poisson est à moi ! » L'autre répondit : « Ton filet t'aurait bien servi sans ma barque et mon aide ! » « Si nous prenons un autre poisson pareil, il sera à toi. » « Pas question ! Attends le prochain, et donne-moi celui-ci. » « Je te donne un marché », dit George. « Vends-moi le poisson – je te paierai bien – et vous partagerez l'argent à parts égales. »
Il leur donna tout l'argent que le roi lui avait versé pour son voyage, ne gardant rien pour lui. Les pêcheurs furent ravis, et Georges relâcha le poisson à la mer. Celui-ci barbota joyeusement, plongea, puis, non loin du rivage, sortit la tête : « Quand tu auras besoin de moi, Georges, pense à moi, et je te le rendrai. » Puis il disparut. « Où vas-tu ? » demandèrent les pêcheurs à Georges. « Je vais chercher la jeune fille aux cheveux d'or pour qu'elle devienne l'épouse du vieux roi, mon seigneur, et je ne sais même pas où la trouver. » « Nous pouvons tout te dire à son sujet », dirent les pêcheurs. « C'est Cheveux d'Or, la fille du roi, du Palais de Cristal, sur l'île là-bas. Chaque jour à l'aube, elle se peigne les cheveux d'or, et leur éclat illumine le ciel et la mer. » Si vous le souhaitez, nous vous emmènerons nous-mêmes sur l'île, puisque vous nous avez si gentiment mis en confiance. Mais veillez à emmener la bonne jeune fille ; il y en a douze – les filles du roi – mais une seule a les cheveux d'or.
Lorsque Georges se trouvait sur l'île, il entra au Palais de Cristal pour supplier le roi de lui donner sa fille aux cheveux d'or en mariage. « J'y consentirai », répondit le roi, « mais tu devras la mériter. Tu devras accomplir en trois jours trois tâches que je t'imposerai, une par jour. En attendant, tu peux te reposer jusqu'à demain. » Le lendemain matin, le roi lui dit : « Ma Fille aux Cheveux d'Or portait un collier de perles précieuses ; le collier s'est brisé et les perles se sont éparpillées dans les hautes herbes de la prairie. Tu dois toutes les ramasser, sans qu'il en manque une seule. » Georges se rendit dans la prairie ; elle était longue et large ; il s'agenouilla dans l'herbe et se mit à chercher. Il chercha sans relâche du matin au midi, mais ne trouva aucune perle. « Ah ! Si seulement mes fourmis étaient là, elles pourraient m'aider ! » « Nous sommes là pour t'aider », dirent les fourmis en courant dans tous les sens, mais en se pressant toujours autour de lui. « Que veux-tu ? » « Je dois ramasser des perles dans cette prairie, mais je n'en vois pas une seule. » « Attends un peu, nous allons les ramasser pour toi. » Peu après, ils lui apportèrent une multitude de perles de l'herbe, et il n'eut plus qu'à les enfiler sur le collier. Ensuite, alors qu'il allait fermer le collier, une autre fourmi s'approcha en boitant – elle était boiteuse, sa patte avait été brûlée par le feu dans la fourmilière – et s'écria : « Arrête, Georges, ne le ferme pas ; je t'apporte une autre perle. »
Lorsque Georges apporta les perles au roi, celui-ci les compta ; il n'en manquait aucune. « Tu as bien travaillé », dit-il ; « demain, je te confierai une autre tâche. » Le lendemain matin, Georges revint et le roi lui dit : « Ma Belle aux Cheveux d'Or se baignait dans la mer et y a perdu un anneau d'or ; tu dois le retrouver et me le rapporter. » Georges alla à la mer et marcha tristement le long du rivage. La mer était claire, mais si profonde qu'il ne pouvait même pas en voir le fond, encore moins y chercher et y retrouver l'anneau. « Ah ! si seulement mon poisson d'or était là ! Il pourrait peut-être m'aider. » Soudain, quelque chose scintilla dans la mer et le poisson d'or remonta des profondeurs à la surface : « Me voici pour t'aider ; que veux-tu ? » « Je dois retrouver un anneau d'or dans la mer, et je ne peux même pas en voir le fond. » « Je viens de croiser un brochet qui portait un anneau d'or dans sa gueule. Attends un peu, je te l'apporte. » Peu après, il revint des profondeurs et lui rapporta le brochet, l'anneau compris.
Le roi félicita Georges pour son travail, puis, le lendemain matin, lui confia une troisième tâche : « Si tu veux que je donne ma Belle aux Cheveux d'Or en mariage à ton roi, tu dois lui apporter les eaux de la mort et de la vie ; elle en aura besoin. » Georges ne savait où aller pour trouver ces eaux et erra au hasard, au gré de ses pas, jusqu'à ce qu'il arrive dans une forêt sombre : « Ah ! Si mes jeunes corbeaux étaient là, peut-être pourraient-ils m'aider. » Soudain, un bruissement se fit entendre au-dessus de sa tête et deux jeunes corbeaux apparurent : « Nous sommes là pour t'aider ; que désires-tu ? » « Je dois apporter les eaux de la mort et de la vie, et je ne sais pas où les trouver. » « Oh ! Nous les connaissons bien ; attends un peu, nous te les apporterons. »
Peu après, ils apportèrent chacun à George une calebasse pleine d'eau ; dans l'une se trouvait l'eau de vie, dans l'autre l'eau de mort. George, ravi de sa bonne fortune, se hâta vers le château. À la lisière de la forêt, il aperçut une toile d'araignée s'étendant d'un pin à l'autre ; au milieu de la toile se trouvait une grosse araignée qui suçait une mouche. George prit la calebasse d'eau de mort, en aspergea l'araignée, et celle-ci tomba au sol comme une cerise mûre – elle était morte. Il aspergea ensuite la mouche d'eau de vie, et la mouche se mit à bouger, se dégagea de la toile et s'envola. « Heureusement pour toi, George, tu m'as ramenée à la vie », bourdonna-t-elle à ses oreilles ; « sans moi, tu aurais bien du mal à deviner laquelle des douze est Cheveux d'Or. »
Lorsque le roi vit que Georges avait réglé cette affaire, il lui dit qu'il lui donnerait sa fille aux cheveux d'or. « Mais, dit-il, c'est à toi de la choisir. » Il le conduisit alors dans une grande salle, au centre de laquelle se trouvait une table ronde, autour de laquelle étaient assises douze jeunes filles d'une grande beauté, toutes semblables ; mais chacune portait sur la tête un long foulard blanc comme neige qui lui descendait jusqu'au sol, de sorte qu'on ne pouvait distinguer la couleur de leurs cheveux. « Voici mes filles, dit le roi ; si tu devines laquelle est Cheveux d'Or, tu l'as gagnée et tu peux l'emmener avec toi sur-le-champ ; mais si tu te trompes, elle ne t'est pas attribuée, et tu devras partir sans elle. » Georges était extrêmement angoissé ; il ne savait que faire. Soudain, une voix lui murmura à l'oreille : « Buzz ! buzz ! Fais le tour de la table, je te dirai laquelle c'est. » C'était la mouche que Georges avait ramenée à la vie grâce à l'eau de vie. « Ce n'est ni cette jeune fille, ni celle-ci, ni celle-là ; c'est Cheveux d'Or ! » « Donnez-moi celle-ci, l'une de vos filles, s'écria Georges ; je l'ai méritée pour mon seigneur. » « Vous avez vu juste », dit le roi ; et la jeune fille se leva aussitôt de table, ôta son foulard, et ses cheveux d'or se répandirent en cascades de sa tête jusqu'au sol, d'une telle clarté, semblable à celle du soleil levant, que les yeux de Georges en furent éblouis.
Alors le roi donna à sa fille tout ce qui convenait à son voyage, et Georges l'emmena pour devenir son épouse. Les yeux du vieux roi pétillèrent et il sauta de joie en voyant Cheveux d'Or ; il ordonna aussitôt que l'on fasse les préparatifs du mariage. « J'avais l'intention de te faire pendre pour ta désobéissance, afin que les corbeaux te dévorent », dit-il à Georges ; « mais tu as servi. »
Je te connais si bien que je n'aurai qu'à te faire couper la tête à la hache, et ensuite je te ferai enterrer honorablement.
Après l'exécution de Georges, la Belle aux Cheveux d'Or supplia le vieux roi de lui accorder le corps de son serviteur défunt. Le roi, incapable de refuser quoi que ce soit à sa promise aux cheveux d'or, remit alors la tête de Georges sur son corps et l'aspergea de l'eau de la mort. Le corps et la tête fusionnèrent si bien que toute trace de la blessure disparut. Puis, elle l'aspergea de l'eau de la vie, et Georges se releva, tel un renaissant, frais comme un cerf, le visage rayonnant de jeunesse.
« Oh ! comme j'ai dormi ! » dit Georges en se frottant les yeux. « Oui, en effet, tu as dormi profondément, » dit Cheveux d'Or ; « et sans moi, tu ne te serais jamais réveillé. » Quand le vieux roi vit que Georges était revenu à la vie, plus jeune et plus beau qu'avant, il voulut rajeunir lui aussi. Il ordonna aussitôt qu'on lui coupe la tête et qu'on l'asperge d'eau. On lui coupa la tête et on l'aspergea d'eau de vie, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien ; mais sa tête ne repoussait pas. Alors, et seulement alors, on commença à l'asperger d'eau de mort, et en un instant la tête repoussa ; mais le roi était bel et bien mort, car ils n'avaient plus d'eau de vie pour le ressusciter. Et comme le royaume ne pouvait se passer de roi, et qu'ils n'avaient personne d'assez intelligent pour comprendre tous les animaux comme George, ils firent de George le roi et de Goldenhair la reine.