L'an dernier, en offrant aux jeunes un recueil de contes anglais, ma difficulté résidait dans la collecte. Cette fois-ci, en leur proposant des exemples du riche folklore celtique de ces îles, mon problème a plutôt été celui de la sélection. L'Irlande a commencé à collecter ses contes populaires presque aussi tôt que n'importe quel autre pays d'Europe, et Croker a trouvé toute une école de successeurs en Carleton, Griffin, Kennedy, Curtin et Douglas Hyde. L'Écosse avait le grand nom de Campbell, et compte encore d'excellents disciples comme MacDougall, MacInnes, Carmichael, Macleod et Campbell de Tiree. Le vaillant petit Pays de Galles n'a pas de nom à la hauteur ; dans ce domaine, les Gallois se sont montrés moins prolifiques que les Irlandais. Peut-être que l'Eisteddfod, en offrant des prix pour la collecte de contes populaires gallois, pourra remédier à cette situation. En attendant, le Pays de Galles doit se contenter d'une représentation assez modeste parmi les contes celtiques, tandis que le cornique, langue éteinte, n'a contribué qu'à un seul conte.
Dans ma sélection, j'ai surtout cherché à privilégier les récits caractéristiques. Il aurait été facile, notamment avec Kennedy, de composer un recueil entièrement consacré aux « lutins de Grimm » à la celtique. Mais même les meilleures choses peuvent devenir lassantes, et j'ai donc évité autant que possible les « formules » les plus courantes du folklore. Pour ce faire, j'ai dû m'éloigner des régions anglophones du Pale, en Écosse comme en Irlande, et je me suis imposé la règle de ne retenir que les contes transmis par des paysans celtes ignorant l'anglais.
Ayant établi la règle, je me suis aussitôt employé à la transgresser. Le succès d'un conte de fées, j'en suis convaincu, repose sur le juste équilibre entre le comique et le romantique : Grimm et Asbjörnsen connaissaient ce secret, et eux seuls. Mais le paysan celte qui parle gaélique prend plaisir à raconter des histoires avec une certaine mélancolie : dans les versions imprimées et traduites, je l'ai trouvé, à ma grande surprise, étonnamment dépourvu d'humour. Pour apporter la touche d'humour à ce recueil, j'ai donc dû me tourner principalement vers le paysan irlandais du Pale ; et quelle source plus riche aurais-je pu trouver ?
Pour les récits les plus romantiques, je me suis appuyé sur le gaélique et, comme ma connaissance de cette langue est à peu près équivalente à celle d'un député nationaliste irlandais, j'ai dû faire appel à des traducteurs. Mais je me suis senti plus libre que les traducteurs eux-mêmes, généralement trop littéraux, de modifier, supprimer ou adapter l'original. Je suis même allé plus loin. Afin que les contes soient typiquement celtiques, j'ai porté une attention particulière aux récits que l'on trouve des deux côtés du détroit du Nord.
En les racontant à nouveau, je n'ai pas hésité à insérer de temps à autre un épisode écossais dans une variante irlandaise du même récit, et inversement. Là où les traducteurs s'adressaient aux folkloristes et érudits anglais, je cherche à captiver les enfants anglais. Ils ont traduit ; j'ai cherché à transmettre. En bref, j'ai tenté de me mettre à la place d'un ollamh ou d'un sheenachie familier des deux formes de gaélique, et soucieux de présenter ses histoires de la manière la plus attrayante pour les enfants anglais. J'espère que les spécialistes des langues celtiques me pardonneront les modifications que j'ai dû apporter pour atteindre cet objectif.
Les contes réunis dans ce volume sont plus longs et plus détaillés que ceux d'Angleterre que j'ai rassemblés à Noël dernier. Les récits romantiques le sont assurément davantage, et les contes comiques peut-être plus drôles, bien que ce dernier point puisse faire l'objet de débats. Cette supériorité des contes populaires celtiques tient autant aux conditions de leur collecte qu'à une quelconque supériorité intrinsèque de l'imagination populaire. En Angleterre, le conte populaire est en voie de disparition. Les contes populaires celtiques ont été recueillis alors que la pratique orale est encore très vivante, même si tout indique que son heure de gloire est proche. Raison de plus pour les collecter et les consigner tant qu'il est encore temps. Dans l'ensemble, le travail des collecteurs de folklore celtique est louable, comme en témoigne l'étude que j'ai placée en préface des Notes et Références à la fin du volume. Parmi ces études, je voudrais attirer l'attention sur celle de la légende de Beth Gellert, dont je crois avoir établi l'origine.
Tout en m'efforçant de rendre le langage des contes simple et exempt d'artifices livresques, je ne me suis pas permis de les raconter à l'anglaise. Je n'ai pas hésité à conserver une tournure de phrase celtique, et même, çà et là, un mot celtique, sans l'expliquer entre parenthèses – une pratique que tout homme de bien devrait abhorrer. Quelques mots inconnus du lecteur ne font qu'ajouter de la force et de la couleur locale au récit, comme M. Kipling le savait bien.
L'une des caractéristiques du folklore celtique que j'ai cherché à représenter dans ma sélection est qu'elle est presque unique en Europe de nos jours. Nulle part ailleurs on ne trouve un corpus de tradition orale aussi vaste et cohérent concernant les héros nationaux et mythiques que chez les Gaëls. Seuls les chants héroïques russes égalent, par leur ampleur, la connaissance des héros du passé qui subsiste encore chez les paysans gaéliques d'Écosse et d'Irlande. Les contes et ballades irlandais présentent cette particularité : certains ont été transmis et leur transmission est attestée depuis près de mille ans. J'ai choisi, à titre d'exemple, l'Histoire de Deirdre, recueillie il y a quelques années auprès des paysans écossais, dans laquelle j'ai pu insérer un passage tiré d'un parchemin irlandais du XIIe siècle. J'aurais pu aisément remplir ce volume de traditions orales similaires concernant Finn (le Fingal de l'« Ossian » de Macpherson). Mais l'histoire de Finn, telle que racontée par les paysans gaéliques d'aujourd'hui, mériterait un volume à elle seule, tandis que les aventures du héros ultonien, Cuchulain, pourraient facilement en remplir un autre.
J'ai cherché à rassembler dans ce volume les contes les plus beaux et les plus représentatifs des maîtres du conte celtique, Campbell, Kennedy, Hyde et Curtin, auxquels j'ai ajouté les meilleurs récits dispersés ailleurs. J'espère ainsi avoir réuni un ouvrage contenant à la fois les meilleurs et les plus connus des contes populaires celtiques. Ce travail n'a été possible que grâce à la bienveillance des détenteurs des droits d'auteur. Lady Wilde m'a aimablement autorisé à utiliser sa remarquable version des « Femmes cornues » ; et je remercie tout particulièrement la maison d'édition Macmillan pour l'autorisation d'utiliser les « Fictions légendaires » de Kennedy, ainsi que la maison d'édition Sampson Low & Co. pour l'utilisation des Contes de M. Curtin.
Pour mes choix et pour tous les points litigieux, j'ai pu compter sur l'immense savoir de mon ami Alfred Nutt, expert dans tous les domaines du folklore celtique. Si ce livre parvient à transmettre aux enfants anglais la richesse et la beauté, la magie et le charme de l'imaginaire populaire celtique, c'est en grande partie grâce à l'attention que M. Nutt a portée à sa création et à son développement. À ses côtés, j'ai pu m'aventurer en des territoires où le non-Celte s'aventure à ses risques et périls.
Enfin, je tiens à nouveau à remercier chaleureusement mon ami, M. J.D. Batten, pour sa précieuse collaboration qui a permis de donner forme aux créations de l'imaginaire populaire. Dans ses illustrations, il s'est efforcé de conserver autant que possible l'ornementation celtique ; il est une référence en matière d'archéologie celtique. Cependant, nous avons tous deux cherché à présenter les choses celtiques telles qu'elles apparaissent et attirent l'esprit anglais, plutôt que de tenter la tâche vaine de les représenter telles qu'elles sont perçues par les Celtes. Le sort du Celte dans l'Empire britannique semble bien semblable à celui des Grecs parmi les Romains. « Ils partaient au combat, mais ils tombaient toujours », et pourtant, le Celte captif a asservi son ravisseur dans le domaine de l'imagination. Le présent ouvrage s'efforce d'initier cette douce captivité dès les plus jeunes années. S'il parvenait à constituer un fonds commun de richesse imaginative pour les enfants celtes et saxons de ces îles, il contribuerait peut-être davantage à une véritable union des cœurs que toutes vos querelles politiques.
Joseph Jacobs