Peu après que saint Columba eut établi sa résidence à Iona, la tradition rapporte qu'il se rendit dans un important séminaire druidique situé non loin de là, à un endroit appelé Camusnan Ceul, ou Baie des Cellules, dans le district d'Ardnamurchan. Plusieurs vestiges de cercles druidiques y sont encore visibles, et dans cette baie et ses environs, de nombreux lieux portent encore le nom de leurs rites et cérémonies, tels qu'Ardintibert, le Mont du Sacrifice, et d'autres. La renommée du saint était depuis quelque temps bien connue du peuple, et son intention de les instruire aux doctrines du christianisme leur avait été annoncée. L'ancien clergé s'efforça de dissuader les habitants d'écouter la puissante éloquence de Columba, et il fut secondé dans cette entreprise par le notable local de l'époque, Donald, fils de Connal.
À peine apparu, le saint fut entouré d'une foule immense, désireuse d'écouter un prédicateur si renommé. Après le sermon, nombreux furent ceux qui exprimèrent le désir d'être baptisés, malgré les protestations des druides. Columba avait choisi une éminence centrale pour y célébrer son culte ; mais il n'y avait pas d'eau à proximité, et le fils de Connal menaçait de châtiment quiconque oserait s'en procurer. Le saint, appuyé contre un rocher, après une courte prière, frappa la pierre du pied, et un flot d'eau jaillit en abondance. Le miracle eut un impact profond sur les auditeurs, et beaucoup se convertirent à la nouvelle religion. Cette source porte encore aujourd'hui le nom de Columba et est réputée pour son efficacité supérieure dans la guérison des maladies. Lorsque le culte catholique s'est imposé dans la région, il était largement pratiqué, et les anciens se souviennent encore d'avoir vu des offrandes déposées à la fontaine en remerciement des bienfaits reçus grâce à la bénédiction du saint sur l'eau. On raconte qu'une fille de Donald, fils de Connal, exprima le désir d'être baptisée, et que son père l'en empêcha par la violence. Avec l'aide des druides, il força également Columba à se réfugier dans sa barque, et le saint homme partit pour Iona, après avoir averti l'inhospitalier Calédonien de se préparer à l'autre monde, car sa vie allait bientôt s'achever.
Le saint passa toute la nuit en mer, une nuit de tempête. Le lendemain matin, alors qu'il approchait des rivages de son île sacrée, il aperçut une multitude de corbeaux survolant l'embarcation, poursuivant un autre corbeau d'une taille extraordinaire. Le croassement des corbeaux réveilla le saint, qui dormait encore. Il s'écria aussitôt que le fils de Connal venait de mourir, ce qui se confirma par la suite.
Un important établissement chrétien semble s'être formé par la suite dans la Baie des Cellules ; on y voit encore les vestiges d'une chapelle dédiée à saint Kiaran. C'est le lieu de sépulture privilégié des catholiques d'aujourd'hui. En effet, Columba et nombre de ses successeurs semblent avoir adopté la politique d'intégrer leurs institutions à celles qui existaient déjà dans la région. Les exemples sont innombrables ; on observe du moins les ruines des deux encore visibles en de nombreux endroits ; même à Iona, on trouve le cimetière des druides connu de nos jours. Cette pratique a peut-être présenté des avantages à l'époque, mais elle a dû, à terme, engendrer de nombreuses corruptions et explique en grande partie les coutumes superstitieuses et absurdes qui ont persisté parmi ce peuple jusqu'à une époque récente et qui ne sont pas encore totalement disparues. Dans une très ancienne famille de cette région, deux boules de verre grossier ont été précieusement conservées depuis des temps immémoriaux. On leur attribuait de nombreuses vertus, notamment la guérison de toutes les maladies rares du bétail. Les boules étaient immergées dans l'eau froide pendant trois jours et trois nuits, puis l'eau était aspergée sur tout le troupeau. Ce rituel était censé guérir les animaux atteints et prévenir la maladie chez les autres. De par leur nom et leur apparence, il ne fait aucun doute que ces boules étaient des symboles utilisés par les Archidruides.
À quelques encablures de la baie de Cells se trouve une grotte remarquable par son apparence, et plus encore par l'usage auquel elle fut destinée. Saint Columba, lors d'un de ses nombreux voyages parmi les Hébrides, fut pris dans la nuit sur cette côte rocheuse, et les marins, inquiets pour leur sécurité, furent rassurés par le saint qui leur promit que ni lui ni son équipage ne se noieraient. Ils aperçurent alors une lumière non loin de là et s'y dirigèrent. La barque de Columba, une structure en osier recouverte de peaux de cuir, fut réceptionnée dans une étroite crique près de la grotte. Après avoir remercié pour leur salut, le saint et ses hommes eurent beaucoup de mal à escalader la grotte, située bien au-dessus du niveau de la mer. Ils aperçurent enfin le feu qui avait d'abord attiré leur attention.
Plusieurs personnes étaient assises autour de la grotte, et leur apparence n'était guère de nature à plaire au saint homme. Leurs traits étaient farouches, et de la viande rôtissait sur les braises. Le saint leur donna sa bénédiction et fut invité à s'asseoir avec eux pour partager leur repas pris à la hâte, ce qu'il fit avec joie. C'étaient des brigands, vivant de pillages et de vols, comme Columba ne tarda pas à le découvrir. Il leur conseilla d'abandonner cette voie et de se convertir à ses enseignements, ce à quoi ils consentirent tous, et le lendemain matin, ils accompagnèrent le saint sur le chemin du retour. Cet événement suscita une grande vénération pour la grotte parmi les disciples et les successeurs de Columba, et cette vénération perdure encore aujourd'hui, dans une certaine mesure.
D'un côté de la grotte se trouvait une crevasse rocheuse où reposait l'eau avec laquelle les pirates avaient été baptisés. Cette crevasse fut ensuite aménagée en bassin, alimenté par des gouttes tombant du plafond. On dit qu'il ne se vide jamais et ne déborde jamais, et on lui attribue des vertus salvatrices. Pour en bénéficier, les fidèles doivent cependant subir une épreuve très rigoureuse. Ils doivent entrer dans la grotte avant l'aube, se tenir à l'endroit précis où le saint a accosté, et neuf vagues doivent leur passer au-dessus de la tête. Ils doivent ensuite traverser neuf ouvertures dans les parois de la grotte et, enfin, boire neuf gorgées du bassin sacré. Après avoir imploré l'aide du saint, les fidèles sont, dans les trois semaines qui suivent, guéris ou guéris. Des offrandes sont déposées à un endroit prévu à cet effet ; elles sont parfois d'une valeur considérable et ne sont jamais dérobées. On informe toujours les étrangers qu'un jeune homme, qui en avait dérobé quelques-uns il y a quelques années, s'est cassé la jambe avant de rentrer chez lui, ce qui assure une protection suffisante aux biens du Saint.